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Au relais, nous prenons du thé en plein air.
Aimé, avec une belle assurance, nous assure que nous pourrons dormir au prochain chapar khané. En tous cas, malgré la fatigue accablante encore de ce jour, nous sentons Ispahan plus proche. Cent kilomètres au plus nous en séparent. Nous y arriverons, morts peut-être, mais nous y arriverons.
Nous nous installons pour notre seconde nuit dans la diligence.
Un vent frais s’est levé; nous sommes à près de dix-huit cents mètres d’altitude. Après avoir failli périr de chaleur, nous grelottons de froid dans la voiture dont la toile trouée ne nous protège pas du vent.
Vers onze heures, moulus et accablés par trop de fatigues diverses, nous arrivons à un relais. Ici encore, pas moyen de se reposer. Le relais, c’est un mur monumental, derrière lequel il n’y a rien.
Un relais entre Kachan et Ispahan.
Il faut une heure pour changer les chevaux. Pendant ce temps, nous nous promenons pour nous réchauffer. Les jeunes femmes, appuyées sur nos bras, s’endorment en marchant. Emmanuel Bibesco se couche au pied du mur et dort.
A minuit, nous repartons. Maintenant nous ne luttons plus; nos corps sont hyperestésiés par la douleur; le vent nous glace. Nous n’avons même pas la force de nous plaindre. La diligence emmène six êtres inconscients et passifs.