Aimé nous a cuit la poule qu’il a tuée. Elle est coriace.
Suivant notre habitude, nous faisons notre toilette dans le ruisseau et, vers dix heures, nous sommes partis, cette fois-ci pour ne nous arrêter qu’à Ispahan, qui est à cinquante-quatre kilomètres ou neuf farshaks persans.
Nous sommes dans la plaine et dans les sables. La chaleur est très forte, l’air vibre au ras du sol, et de nouveau nous voilà entourés de mirages exquis; des arbres toujours, des rivières, des lacs aux eaux limpides, des verdures fraîches que caresse la brise, tel est le décor dans lequel nous avançons lentement. Un chapar khané, un grand caravansérail; nous croisons quelques voyageurs à âne. On sent que l’on approche d’une ville.
Enfin, vers une heure, on aperçoit une ligne d’arbres très loin à l’horizon.
—Ispahan, crie Aimé de son siège.
Ispahan! Nous en approchons lentement; maintenant on voit au milieu des arbres les dômes des mosquées; une coupole bleue à gauche domine les autres, la mosquée royale.
Au dernier relais, un coupé à quatre chevaux nous attend, d’où descend un Persan en redingote. Il nous remet une lettre de son maître S. A. I. Zil es Sultan, frère du Chah et gouverneur d’Ispahan, lequel nous offre l’hospitalité dans un de ses palais et nous envoie ses voitures aux portes de la ville.
Nous acceptons les voitures et refusons le palais, car nous sommes attendus au consulat de Russie.
Nous nous remettons en route. Maintenant nous traversons les champs de pavots blancs qui font une ceinture fraîche de fleurs à Ispahan; les canaux d’irrigation croisent la route à chaque instant.