Les champs de pavots blancs aux portes d’Ispahan.

Nous sommes pâles, accablés. Mais nous nous redressons dans l’antique diligence. Notre énergie est intacte. Nous approchons d’Ispahan.

Nous touchons aux portes de la ville. Un général et cent cosaques rouges nous attendent, escortant deux landaus de grand gala tout en glaces. Le carrouzar, ou maître de la ville, est là pour nous recevoir.

Nous sentons que notre diligence délabrée est bien plus en harmonie avec notre tenue que les carrosses de Zil es Sultan. Six jours à travers le désert ont laissé leurs traces sur nos figures et sur nos vêtements. Nous nous serions fort bien accommodés d’une entrée modeste, ignorée dans Ispahan. Mais les carrosses sont sortis, il faut y monter. Les cosaques rouges nous précèdent et nous voici partis à travers les rues et les bazars.

L’arrivée à Ispahan.—Les landaus de gala; les Cosaques rouges.

Nous avons d’abord la douleur de voir la diligence passer sous une des portes basses et nos quatre casques coloniaux attachés sur les valises être fauchés d’un seul coup.

Puis nous suivons une rue entre deux murs de terre; un ruisseau coule, sur les bords effondrés duquel poussent des arbres. Nous entrons dans des bazars étroits où l’on trouve encore quelques moucharabyés.

La foule se presse sur notre passage pour regarder des Européens.

Elle voit, à travers les nuages de poussière que soulèvent les chevaux de l’escorte, deux femmes dépeignées et des hommes défaits. Mais nous avons, dans la contenance et le regard, quelque chose de triomphant: nous sommes à Ispahan!