CHAPITRE VIII
UNE SEMAINE A ISPAHAN
Vendredi 4 heures.—Nous sommes à Ispahan! Nous pénétrons dans le consulat impérial de Russie, palais sans fenêtres au dehors, dont les quatre bâtiments enclosent un jardin d’arbres touffus et de roses. De blonds et solides cosaques font la haie, sabre au clair. Le chargé d’affaires, M. Tchirkine vient au-devant de nous, des fleurs à la main.
Nous sommes très poussiéreux, mais pleins de dignité. Et puis nous avons en nous l’idée tenace que nous allons nous asseoir sur des meubles capitonnés!
Nous entrons dans un salon où il y a des tables, des tapis, un divan, des fauteuils, des chaises. Notre dernier gîte était une espèce de four à chaux. Aussi commençons-nous à attacher un sens précis au mot confort.
Une chaise! Ce siège à dossier, presque dédaigné en Europe, que l’on n’oserait offrir à un invité, sur lequel on s’assied comme en pénitence, nous voyons maintenant qu’il a fallu des siècles et les efforts d’une race ingénieuse pour l’inventer.
Il nous apparaît comme une des conquêtes les plus précieuses de la civilisation. Nous regardons les chaises avec respect et attendrissement.
Pendant six jours, nous n’avons mangé que des conserves tiédies et racornies par le soleil, et nous savons ce que valent les sardines à l’huile dans le désert par quarante degrés centigrades. Nous nous sommes servis nous-mêmes et, accablés de fatigue, avons relavé nos assiettes.—Des domestiques empressés nous apportent du thé parfumé, de minces tranches de citron, et des glaces!
Dans nos chambres, nous trouvons des lavabos, de l’eau; puis nous découvrons des bains admirablement installés avec piscine chaude et piscine froide!