Et je réponds «nist antic» (ce n’est pas ancien), en repoussant le bronze qui a été fait voilà deux ou trois ans dans le bazar d’Ispahan.
Alors ils étalent devant moi, sur des tapis dont ils jurent qu’ils ont cinq cents ans et qui en comptent à peine cinquante, des poignards à manche d’ivoire sculpté, des fusils incrustés, de grands boucliers ciselés, des cadres et des coffrets en marqueterie, des kelyans ornés, des écritoires et des miroirs en papier mâché, peint et laqué, sur lesquels sont représentés dans un encadrement de délicats ornements dorés un rossignol et un rosier; puis ce sont de petites coupes de cuivre que l’on fait à Kachan, d’autres en argent qui viennent de Chiraz, des animaux bizarres en fer incrustés d’argent, travail d’Ispahan, des pots, des vases de faïence ou de porcelaine, des étoffes, des broderies.
Je déjeune sous un platane: l’air du matin est autour de moi frais et sec. Tout en mangeant je regarde chaque objet, et presqu’aussitôt je l’écarte, car il est de fabrication moderne et médiocre. Pourtant mon œil s’arrête sur un morceau de cachemire ancien; des bouquets librement jetés le fleurissent; ou bien c’est un beau carré de soie tissé d’argent, ou encore un velours changeant à grandes palmes dont les reflets brillent d’un or vieilli. Négligemment, sans en demander le prix, je les mets de côté.
Puis j’ai la surprise de voir sortir de dessous la robe du marchand, qui semble un enchanteur tant il tire de choses diverses de ses manches inépuisables, une exquise petite tasse et une autre encore, une autre, toute une série de minuscules tasses à café anciennes, aux décors légers et divers, aussi jolies et précieuses que d’anciens Sèvres.
J’ai un battement de cœur plus vif, mais c’est d’un air détaché que je dis:
—«Tschande?» (Combien?)
Les doigts dont les ongles sont passés au henné, se lèvent. Cela, ce sont des bagatelles; mes amis les marchands m’en feront cadeau pour quelques krans.
—«Non, un kran la pièce.» Et nous concluons le marché à un kran, à condition qu’ils m’apportent toutes les petites tasses qu’ils trouveront dans Ispahan.
Hélas! il n’en reste plus beaucoup. Je finis par en avoir deux douzaines et mes amis en achètent quelques-unes aussi.