Petites tasses persanes, XVIIIe siècle.—Collection de l’auteur.

Petites tasses persanes, XVIIIe siècle.—Collection de l’auteur.

Je garde aujourd’hui un morceau de soie brodée avec, comme motif décoratif, un perroquet sur des branches, d’un rose éteint et chaud que je n’ai jamais vu; je prends aussi un bel éléphant en porcelaine blanche, farouche et mutilé, quelques tasses et deux broderies, puis un pot à décor bleu au goulot orné de cuivre comme on en voit au bazar des droguistes.

Ce sont des discussions infinies pour le moindre achat. Les marchands demandent dix tomans, je leur en offre un. Alors, indignés, ils reprennent l’objet sans mot dire. Une demi-heure après, ils le présentent à nouveau. La vieille poule glousse éperdument. Je maintiens mon offre. Cette fois-ci, ils disent: «Gardez-le jusqu’à demain». Et le lendemain, la même discussion reprend jusqu’à ce que le marchand cède en affirmant qu’il est en humeur aujourd’hui de me faire un cadeau.

La discussion s’est faite en persan et nous avons les uns et les autres argué par signes comme Panurge qui fit quinaud l’Anglais.

Les heures de la matinée passent ainsi d’une façon délicieuse.

C’est aujourd’hui le jour anniversaire de ma naissance. Qui m’eût dit que jamais je le fêterais à Ispahan!

Je vois bien dès le matin qu’il se prépare quelque chose. A midi, les jeunes femmes m’appellent et solennellement me couronnent de roses; puis la princesse Bibesco me lit une ballade qu’elle a écrite en mon honneur et dans laquelle revit le souvenir des souffrances endurées en commun pour gagner ce paradis lointain que nous est Ispahan.

Nous sortons en voiture vers quatre heures pour visiter des palais dans le quartier de la Medresseh.