Nous allons aux Huit-Paradis. C’est, dans un jardin, un pavillon construit au dix-septième siècle. Le bâtiment est sans intérêt, mais le jardin, très vaste, est charmant; ce sont toujours des allées régulières de platanes dont les branches basses ont été coupées et dont les troncs blancs aux grosses nodosités montent très haut. L’effet est saisissant de ces longues files d’arbres élancés. On voit aussi dans ces jardins des bassins d’eau glauque et des iris royaux.
Le jardin des Huit-Paradis rejoint celui du pavillon des Quarante-Colonnes où nous nous rendrons un de ces jours prochains.
Ce soir nous voulons voir la Place Royale, Meïdan y Chah. Nous traversons pour y arriver un bazar où déjà les lampes sont allumées. Puis nous débouchons sur le Meïdan y Chah.
C’est une des places les plus fameuses du monde et une des plus vastes. Elle fut dessinée à la fin du seizième siècle sous Chah Abbas. Ce roi aimait les grands espaces et les vastes bâtiments symétriques. Le Meïdan y Chah est un rectangle bordé de constructions régulières à deux étages, avec arcades de briques cintrées au rez-de-chaussée en fer à cheval, au premier étage en arc en tiers point; elles sont en saillies sur un mur de crépi blanc, et dans chaque arcade au premier étage est percée une petite porte menant à une terrasse étroite. Un trottoir court le long des bâtiments, puis un fossé dallé plein d’eau, puis c’est un terre-plein, une lignée d’arbres et un second fossé. Le milieu du rectangle est vide.
Ali-Kapou.
Au sud-ouest, sur le petit côté de la place, s’ouvre l’entrée monumentale des bazars qui s’étendent à l’est et au nord. Au milieu de la façade sud-est, c’est le palais d’Ali Kapou, construction élevée, avec au premier étage un haut portique de colonnes de bois élancées sous lequel le roi recevait les ambassadeurs et d’où il regardait les divertissements et les jeux de polo qui se donnaient sur la place.
Sous la voûte d’Ali-Kapou.
En face d’Ali-Kapou est une mosquée, qui n’est pas la mosquée Djouma, comme le croit Pierre Loti, mais celle du Cheik Lutfallah. Seule à Ispahan, les briques émaillées de sa coupole sont de ton écru sur lequel s’enlèvent des arabesques noires.