Pendant le dîner, un orchestre sous les arbres joue des airs mélancoliques et un clairon pleure éperdument dans la nuit les plaintes d’un cœur aimant et tourmenté.

30 mai.—Aujourd’hui, les jeunes princes nous emmènent voir les minarets branlants d’une mosquée abandonnée. Ils n’ont rien de curieux. Un homme, qui n’est pourtant pas un condamné à mort, monte dans l’un d’eux et secoue la mince tourelle. Le ciment qui reliait les briques est en grande partie tombé; alors le minaret remue. Un de ces jours, il s’écroulera avec l’homme qui le secoue.

Dans la mosquée abandonnée est une école enfantine.

Le maître, un tout jeune homme, tient une longue baguette à la main. Autour de lui, rangés en cercle, sont accroupis les élèves, des mioches de huit à dix ans. Chacun d’eux a devant soi un feuillet du Coran et chantonne sa leçon en suivant du doigt sur le texte, sans oublier de se balancer d’avant en arrière et d’arrière en avant pour imiter le mouvement du Prophète sur son chameau.

Rien de plus comique que cette bande d’enfants accroupis qui se balancent et nasillent. Si l’un d’eux fait une faute, ou bien oublie le nécessaire et liturgique mouvement oscillatoire, le maître lui donne un coup de baguette sur les doigts, oh! pas bien fort, et plutôt comme avertissement que comme punition.

Il est impossible de passer en voiture dans les quartiers ruinés et excentriques d’Ispahan; aussi nous promenons-nous à pied, le long de rues étroites, entre des murs de terre. Un ruisseau coule au milieu de la rue; des arbres poussent sur ses bords dont les branches vont rejoindre par-dessus les murs celles des arbres plantés dans les jardins voisins. Nous arrivons enfin à un pavillon d’été des jeunes princes où ils nous offrent des rafraîchissements. L’un d’eux parle de son prochain voyage en Europe.

—Quand j’entends le nom de Paris, dit-il, mon cœur tremble de joie.

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Après le déjeuner, des marchands m’apportent des morceaux de briques à reflets métalliques. Ils les posent sur le tapis. Il y a là les fragments d’un art admirable, de véritables joyaux aux reflets somptueux et changeants, mais, hélas! pas une pièce intacte. J’achète au prix d’un kran le morceau une série des fragments les meilleurs et supplie les marchands de m’avoir une plaque, une étoile entière. Ils me disent qu’ils savent où en trouver et m’assurent qu’ils m’en montreront une demain.

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