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Le landau commandé par les Phérékyde devait être là à trois heures. Il n’y est pas.

A cinq heures, il arrive enfin et on commence à charger les bagages. Cependant Phérékyde passe l’inspection de la voiture et découvre qu’une des roues arrière branle de façon inquiétante. Il la secoue et la roue quitte aussitôt l’essieu.

Alors la fureur de Phérékyde est extrême. Il empoigne une cravache et se précipite sur le maître de poste. Il lui flanque une volée de coups que l’autre reçoit de la façon la plus simple du monde.

Je n’ai rarement vu quelque chose de plus répugnant que le spectacle de cet homme qui ni ne se sauvait, ni ne résistait, mais se laissait battre sans desserrer les dents.

C’était un séide, en outre, comme le prouvait sa belle robe verte. Le foule assistait avec curiosité à la rossée infligée à ce descendant du Prophète.

Sa colère passée, Phérékyde fait appeler un charron qui forge un nouvel écrou. Vers sept heures enfin, le landau est prêt. Nous nous faisons de grands adieux et voilà nos amis partis pour une nouvelle traversée du désert.

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A huit heures, nous nous mettons à table. Nous parlons des absents. Où sont-ils? quelles aventures rencontrent-ils? Nous les voyons cahotés sur les pistes dures. A neuf heures moins le quart, comme nous finissons de dîner, la porte de la salle à manger s’ouvre et apparaissent sur le seuil nos deux voyageurs.

Ils ont mis près d’une heure pour gagner la porte d’Ispahan et, comme ils y arrivaient, voilà qu’une des roues du landau se détache. Alors ils sont montés sur les chevaux dételés et sont revenus ainsi jusqu’à nous.