Au-dessus des arbres, très loin, nous apercevons encore la coupole pure de la grande mosquée.

Et, au trot lent de nos chevaux sur le sable, nous nous éloignons d’Ispahan que nous ne reverrons jamais, et marchons au nord, vers Téhéran, vers l’Europe.

CHAPITRE IX
LE RETOUR

4 juin.—Nous allons lentement jour et nuit dans le désert et les montagnes, sans presque nous arrêter. Nous traversons les paysages morts et calcinés que nous avons vus déjà.

De jour nos landaus sont fermés, de nuit ouverts. Nous restons couchés sur nos confortables matelas, ne descendant qu’aux relais où nous perdons chaque fois deux ou trois heures; des princes bakhtiares sont devant nous et prennent les chevaux.

Nous sommes à la seconde nuit du retour. Dans le landau ouvert qui cahote sur le sable épais, je suis à moitié endormi.

Au-dessus de moi, c’est le dôme sombre du ciel crevé d’étoiles d’or. Je sens sur ma figure les caresses de la nuit veloutée. Je suis las, je m’endors à l’air frais et doux.

Lorsque j’ouvre les yeux, je vois la nuit violette, les étoiles claires, j’entends un chant triste et rythmé, des modulations en fusées autour de deux notes, et cela vient de très loin. Qui chante ainsi la nuit dans le désert? Quelle est cette voix perdue entre le ciel et la terre! La fatigue m’accable et je ne sais si je rêve.