Le premier cocher est exaspéré de voir Aimé prendre les rênes.
Aimé est enchanté de conduire et claquerait fièrement son fouet, si un fouet persan pouvait claquer.
Nous descendons ainsi les derniers contreforts de la montage et nous engageons dans la plaine au bout de laquelle nous apercevons au-dessus des arbres la coupole d’or de Sainte-Fatmeh.
Soudain le cocher de la première voiture arrête les chevaux, descend de son siège, va dire quelques mots au palefrenier de la seconde voiture qui, à son tour, descend, et nos deux hommes s’éloignent à pas rapides dans le désert.
Qu’est-ce que cela signifie?
Nous les laisserions volontiers aller à leurs affaires, mais l’arrivée à Koum est très difficile; une seule piste est la bonne au milieu des canaux d’irrigation et des ponts écroulés. Alors nous montons sur les sièges et nous lançons à la poursuite des fuyards. Nous avons bientôt fait de les rattraper et sautons à terre à côté d’eux. Le cocher refuse de reprendre les rênes. A bout d’arguments, Georges Bibesco lui décoche un excellent coup de poing. Cet homme tombe sur le sable à genoux, grince des dents, crie et s’arrache les cheveux de désespoir. Il est fou ou bien ivre. Je le prends délicatement par la peau du cou et le traîne jusqu’à la voiture. Là, aidé par un de mes compagnons, je le hisse sur son siège, saisis son fouet, lui montre alternativement Koum dans le lointain et le manche du fouet, et m’installe derrière lui. Il a compris cette fois-ci, mais il me supplie de lui rendre son fouet qui ne lui sert jamais à rien, mais sans quoi il est privé de sa dignité. Je lui remets le fouet; mes poings, s’il en est besoin, suffiront, et il fait partir ses chevaux.
A la seconde voiture, Georges Bibesco a également convaincu le palefrenier de l’inutilité d’une révolte.
Nous avançons vers Koum, traversons son étroit bazar au milieu du jour et à une heure sommes dans le jardin charmant du chapar khané où tous les grenadiers ont mis leurs fleurs rouges en notre honneur et où nous attendent, ô joie, Keller et la Mercédès.
L’auto au centre de la Perse, devant la mosquée de Koum.