Et cependant sommes secoués comme bouteilles qu’on rince. Ni caniveaux, ni remblais ne nous arrêtent; nous sautons et passons.
Maintenant on y voit à peine. Un arrêt, tout à coup; nous plongeons dans un caniveau, on entend un bruit sec et le moteur s’arrête.
Minutes pleines d’angoisse! Est-ce la panne? La panne à une heure de Téhéran, en auto, à une nuit en voiture persane?
Keller descend pour examiner le dommage. Nous sommes dans un caniveau d’espèce nouvelle. C’est le caniveau à dos d’âne. Il y a profonde dépression d’abord, puis au milieu du caniveau une petite voûte en arête pour laisser passer une conduite d’eau. Le volant a tapé contre la voûte. Est-il cassé? Non, même pas faussé.
Keller remet en marche et nous avons la joie ineffable d’entendre le bruit cher et régulier du moteur.
A huit heures et demie, dans la tempête de vent qui n’a pas cessé, nous sommes à la porte de Téhéran. Nous avons mis cinq heures et demie pour couvrir une distance qui nous avait demandé en voiture persane vingt-cinq heures de supplice continu.
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Téhéran, 7 et 8 juin.—Journées fort occupées à dire adieu à nos amis, à expédier par la poste nos bagages et les colis qui nous rejoindront à Enzeli. Grâce aux Belges, les postes sont fort bien organisées, et nous leur confions sans crainte nos trésors.
Nous retrouvons les Phérékyde qui nous racontent leurs aventures et, à peine nous les ont-ils dites, qu’ils repartent en landau pour Resht.
Nous allons à Goulah-ek où est la légation de Russie en été et à Schimran où loge le ministre d’Angleterre pendant les chaleurs. Ce sont, au pied des montagnes, des parcs délicieux d’eaux vives et de verdures fraîches où il règne, même pendant les jours du Chien, une exquise température.