Et le jeudi 8 juin—ces jours passent comme un tourbillon—nous voici de nouveau en auto sur route pour gagner Resht et la mer Caspienne.
De Téhéran à Resht en automobile.—Nous avons eu beaucoup de peine à trouver de l’essence pour cette dernière étape. Enfin on nous en a cédé au prix coûtant qui est près de trois francs le litre.
Nous aimerions faire les trois cent cinquante kilomètres en douze heures, avec halte pour déjeuner. A ce train-là, nous arriverons rompus à Resht, mais pour la nuit. Comme nous l’avons vu à l’aller, il y a sur cette route un caniveau tous les cent mètres. Cela fait trois mille cinq cents caniveaux entre Téhéran et Resht. Il est inutile de dire qu’on ne peut pas ralentir trois mille cinq cents fois et que nous prendrons les caniveaux en vitesse. Georges Bibesco est sûr des ressorts de la voiture. Nos épines dorsales supporteront-elles ces secousses aussi bien que les ressorts? Cela reste à voir, mais ce sont de ces choses que l’on n’apprend que par expérience.
A neuf heures (au lieu de huit qui étaient fixées) nous sommes à la porte de Téhéran, et nous filons par-dessus les premiers caniveaux.
Nous n’avons pas roulé depuis trois quarts d’heure que le pneumatique de droite éclate. Georges Bibesco et Keller changent la chambre à air, tandis que nous nous abritons du soleil déjà brûlant sous des saules qui ombragent un ruisseau rapide.
Vingt minutes de perdues, nous repartons. Nous ne roulons pas longtemps. Nouvel éclatement. La chambre à air et l’enveloppe à droite arrière ont sauté. Cette fois-ci, je me mets à la besogne aussi; il faut défaire le rouleau des enveloppes qui restent. Il fait terriblement chaud à réparer en plein soleil. Nous passons là une demi-heure pénible.
En route! Maintenant nous arrivons à la rivière et au pont écroulé. Nous descendons de voiture et nous réconfortons d’un verre de thé à la zastava voisine. Puis traversons la passerelle à pied, tandis que Georges Bibesco conduit l’auto à travers la rivière dont les eaux sont moins hautes qu’il y a un mois.
Et nous filons sur Kaswyn dont quatre-vingts kilomètres encore nous séparent et où nous comptons déjeuner. Il est déjà près de midi. Si nous n’avons pas d’autre crevaison, nous y serons avant deux heures. Il est déjà certain que nous descendrons les pentes rapides des montagnes du Ghilan pendant la nuit.
Un quart d’heure après le passage de la rivière, le pneumatique de gauche arrière s’aplatit. Nouvelle réparation. Cette fois-ci la chaleur en plein soleil est à mourir. Ouvrir les boîtes d’outils, défaire la courroie des enveloppes, enlever la vieille chambre à air et remonter la nouvelle, pomper surtout, que cela est fatigant! On ne sait pas, avant de l’avoir essayé, ce qu’il faut de courage, arrosé de sueur, pour gonfler un pneumatique dans le désert, à midi au mois de juin.