Une crevaison de pneu à midi dans le désert!
Accablés de fatigue, nous repartons, priant le dieu qui conserve les pneumatiques d’avoir pitié de nous.
Mais ce dieu se moque de nos prières, car moins d’une heure après la même chambre à air éclate, et l’enveloppe aussi. C’est une réparation d’une demi-heure. Nous sommes heureusement dans un petit village. Les habitants se rassemblent autour de nous; et nous prenons l’un d’eux pour gonfler la nouvelle enveloppe. Je le photographie en train de se livrer à cette besogne inaccoutumée.
Il est deux heures et demie de l’après-midi. Avec quel retard arriverons-nous à Resht, et, si notre déveine continue, nous restera-t-il assez d’enveloppes et de chambres à air?
Vers trois heures et demie, nous entrons sans nouvel incident dans la cour du monumental chapar khané de Kaswyn. Nous mourons de faim et nos épines dorsales ont déjà reçu quatorze cents secousses violentes au passage d’autant de caniveaux. On imagine difficilement la lenteur du service dans ce relais où des affiches imprimées en persan, en français et en russe donnent la liste des plats que l’on tient à la disposition des voyageurs et le prix modique que l’on aura à payer.
Il faut une heure et demie pour obtenir quelques portions de kebab et un samovar.
A cinq heures, au moment où nous voulons partir, un orage noircit le ciel et soulève des tourbillons de poussière. Nous sommes aveuglés et forcés d’arrêter un instant dans l’avenue royale, près du palais du gouverneur. Puis c’est une brève et violente averse et tout de suite après un soleil radieux.
Nous sommes maintenant dans la montagne. Nous avons à peu près quatre cents mètres à gravir pour arriver au point le plus haut d’où nous redescendrons de seize cents mètres sur la Caspienne par une route difficile, dans la nuit.
Mais nous n’en avons pas fini avec les ennuis de pneumatique. Comme nous commençons la descente, la chambre à air de la roue de gauche devant crève. Vingt-cinq minutes de perdues. Et ce ne sera pas tout. Avant la nuit encore nous serons obligés de changer enveloppe et chambre à air à droite devant. Jamais guigne pareille ne nous poursuivit.
Bien que nous soyons à quinze cents mètres et que le soleil soit couché, la chaleur est si forte que nous restons dans l’auto en manches de chemise et sans gilet. Nous traversons un paysage et des montagnes arides d’une extraordinaire grandeur. La nuit vient et s’installe brusquement au-dessus des cimes déchiquetées. Voici, éclatantes au-dessus de nous, Véga de la Lyre, Deneb du Cygne, à gauche Altaïr de l’Aigle, à l’ouest Arcturus du Bouvier.