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Le soir de ce même jour nous prenons une voiture, non pour retourner dans le parc de l’aube de peur de ne le retrouver point, mais pour aller dans un autre jardin que veut nous montrer la princesse Bibesco. Des chevaux sont attachés à la porte où nous laissons la voiture pour flâner à pied sous les ombrages centenaires. Des Persans y passent par couples; il y a des allées, des arbres, des fleurs et des pelouses. Que j’aime ce parc dans la nuit!
Jardin de fleurs à Resht.
Et comme nous nous promenons, nous arrivons près d’une enceinte grillée. Derrière la grille, on distingue dans l’obscurité des jardins de lis et plus loin un pavillon rond, à galeries ouvertes, où sont accrochées des lanternes allumées. Nous trouvons une porte ouverte, nous entrons parmi les lis, les iris, les marguerites; l’air de la nuit est lourd de parfums. Dans une allée un Persan s’approche de nous; c’est le maître du jardin. Il nous remercie courtoisement d’y être entrés; il fait apporter des sièges, des rafraîchissements, du thé, des glaces au citron. Un ami qui l’accompagne, un vieillard, tire de sa poche une blague qu’il déplie lentement et qu’il nous tend. Dans l’obscurité, je ne vois pas ce qu’il nous offre; je crois que c’est du tabac, mais, en le prenant dans la main, je suis détrompé. C’est une odorante pincée de fleurs de chèvrefeuille que ce vieux Persan porte avec tant de précaution au fond de sa poche.
Nous emportons de Resht, ces visions exquises de l’aube et de la nuit.
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10 juin.—Nous avons quitté la Perse.
Nous sommes à l’ancre devant Lencoran. Georges Bibesco, le médecin du bord, et moi, nous déshabillons dans les roues du bateau et faisons une pleine eau dans la Caspienne. L’eau est tiède.
11 juin.—Nous traversons Bakou, et prenons le train pour Tiflis. Nous ne nous arrêtons plus.