La route est bonne. J’entre dans les montagnes. Première difficulté, traversée d’un torrent qui a près d’un mètre de profondeur.

Je le passe tout de même. A quatre heures, arrivée à Délijan au pied du col. Malgré qu’on veuille m’empêcher de partir pour Erivan, je me décide à continuer. La montée est si raide que je vais en première vitesse. Je prends de la neige pour refroidir le moteur qui commence à chauffer. La pluie se change en neige. Je suis à près de deux mille mètres, le vent est terrible. Je descends sans accident jusqu’à Elenovka, près du lac Goktcha. Je ne suis plus qu’à quatre-vingt-dix kilomètres d’Erivan.

Sur le col de Délijan.

Il est six heures et demie. Sans vouloir écouter personne, je file sur Erivan. La route est cette fois bonne, les phares éclairent bien. Avant dix heures j’arrive à Erivan. Impossible d’entrer la voiture à l’hôtel. Je la fais garder par des cosaques au milieu de la rue.

Mardi 8 mai.—Le gouverneur télégraphie aux autorités de la route. A deux heures et demie je pars, après avoir acheté tout ce que je trouve de benzine.

Au sortir de la ville, pendant cinq kilomètres, vieille chaussée délaissée, des trous qui atteignent jusqu’à un mètre de profondeur et pleins de boue, puis une route passable avec de grandes montées et descentes sur laquelle on peut marcher à peu près à quinze kilomètres à l’heure, si on a le cœur solide.

Mais après une dizaine de kilomètres, je m’aperçois que la voiture ne marche plus, bien que le moteur donne régulièrement. J’examine toutes les pièces de transmission, les unes après les autres, et j’arrive enfin à découvrir que l’axe des pignons tourne dans son cône d’engrenage. C’est très grave.

Je démonte la carrosserie, le changement de vitesse, et consolide l’axe du mieux que je puis.

Tant bien que mal maintenant la voiture marche, je retourne vers Erivan. Je n’y arrive pas. A neuf heures, je suis dans un petit village où l’on ne veut pas me recevoir. Il faut que je sorte la lettre officielle pour qu’on me laisse coucher à l’auberge. Toute la nuit, de cinq minutes en cinq minutes, les gardes dans le village s’appellent.