Mardi 9 mai.—A cinq heures du matin, je quitte mon lit de camp. Je pars. Je trouve les routes plus défoncées encore et plus boueuses. J’ai fait à peine trois kilomètres lorsque la machine s’enfonce dans la boue jusqu’aux essieux. Et cette fois-ci hélas! l’axe des pignons se casse complètement.

QUELQUES INCIDENTS DE VOYAGE (1)
L'axe cassé!

Quatre bœufs me sortent d’un trou. Je perds trois heures à chercher des chevaux et enfin je m’achemine lentement vers Erivan. Sur le bord de la route des centaines de paysans qui m’ont vu passer hier se rassemblent et se moquent de moi.

Que je suis loin de Tabriz!

A trois heures et demie je suis à Erivan. Je suis décidé à renvoyer l’auto inutile à Tiflis par le train. Mais il y a eu un éboulement sur la voie ferrée. Ce petit accident change ma décision. Je prends le parti de réparer tant bien que mal ici et de tenter encore une fois la fortune.

On me trouve un mécanicien; c’est un homme très intelligent et chef du parti révolutionnaire à Erivan. Nous travaillons ensemble. Je renvoie mon interprète qui, lorsqu’on lui demandait dix roubles, me disait vingt roubles. Désormais je me tire d’affaires tout seul avec l’aide du petit manuel de conversations Baedeker.

Mercredi 10 mai.—Réparation de la machine; changement des deux axes; le frein de pied est cassé; on le serait à moins. Je mets la onzième lame à mes ressorts! J’en avais cinq en quittant la Roumanie.

Jeudi 11 mai.—Continuation du même travail. A dix heures du soir, je commence à remonter la voiture.

Vendredi 12 mai.—Départ à onze heures. Marche excellente. Route à peu près bonne et sèche qui serait impossible par la pluie.