Je ne puis avoir aucun renseignement sur la route qui va à Tabriz.
Samedi 13 mai.—Je suis sur les bords de l’Arax. Il est impossible de traverser le fleuve avant neuf heures du matin. L’Arax a deux bras; ils sont gonflés par les pluies de l’abominable printemps que nous avons. Le premier bras se traverse sur un bac. Mais la rivière débordée empêche d’arriver au bac et je suis obligé de construire moi-même un pont de planches, pour amener la voiture jusque sur le bac. Je perds ainsi plusieurs heures. Au second bras, il faut embarquer l’auto dans une très petite barque qui n’a que trois mètres trente de long sur un mètre soixante de large. Les autorités s’opposent à l’embarquement.
Enfin j’obtiens l’autorisation et après mille peines j’arrive à installer la machine sur la petite barque.
QUELQUES INCIDENTS DE VOYAGE (4)
Embarquement sur le deuxième bras de l’Arax.
Nous voilà au milieu du courant rapide. Je débarque sur terre persane enfin. Il m’a fallu sept heures pour la traversée des deux bras de l’Arax. Je pars; j’entre dans les montagnes; ce n’est plus une route, mais un chemin innommable. Je n’ai pas fait cinq kilomètres que dans un grand effort, l’axe casse de nouveau.
Désolation! Des bœufs me ramènent à Djoulfa, où il est impossible de réparer. Que faire? Retraverser l’Arax? rentrer à Tiflis? Jamais. Je décide d’aller à Tabriz, qui est à cent cinquante kilomètres en me faisant traîner par des chevaux. Là je pourrai sans doute réparer. On me demande deux mille francs pour m’y mener. L’aimable directeur de la douane, un Belge, m’arrange l’affaire pour huit cents francs. C’est déjà un bon prix, vous savez.
Dimanche 14 mai.—Départ à quatre heures de l’après-midi seulement. Je voyage toute la soirée et toute la nuit, les quatre chevaux de poste n’avançant dans la montagne qu’avec les plus extrêmes difficultés.
Les terrassements que l’on fait pour l’établissement d’une route russe rendent le passage plus difficile encore.
Je mets douze heures pour couvrir les vingt premiers kilomètres, sans prendre aucun repos. L’axe de devant et la direction tirée par les chevaux à hue et à dia se faussent.