Je rencontre le consul d’Autriche venant de Tabriz, en voiture. Il a cassé deux roues et déclare que je ne pourrai pas passer.

Lundi 15 mai.—Je continue lentement; je trouve sur mon chemin des canaux d’irrigation, qui ont un mètre de large sur un mètre cinquante de profondeur.

Il y en a un tous les demi-kilomètres et chaque fois, il faut faire un pont de planches. A dix heures du soir, j’arrive à Marand, grand village persan. Il est impossible de continuer. Je suis reçu par le gouverneur. Je dors quelques heures enfin!

Mardi 16 mai.—Je démonte la machine de grand matin, prends l’axe et pars pour Tabriz en voiture. Je n’ai pas roulé dix kilomètres qu’une roue de la voiture casse. Je ne suis à Tabriz qu’à dix heures du soir. J’ai mis quatorze heures pour faire les cinquante kilomètres qui séparent Marand de Tabriz. Je couche dans un abominable gîte à l’hôtel de Russie.

Mercredi 17 mai.—La colonie européenne me reçoit de la façon la plus aimable. Je me mets à la recherche d’une pièce d’acier pour refaire l’axe. On ne trouve pas facilement de l’acier à Tabriz. Je suis obligé de fouiller les bazars et de remuer toutes les vieilles ferrailles que j’y vois. Enfin je découvre une pièce ayant servi d’axe à un moteur.

Je passe deux jours avec un mécanicien à tourner l’axe sur un tour à main qui a quatre-vingts centimètres de longueur. Et je cherche de la benzine. Il n’y en a plus.

Enfin on me raconte que le Prince héritier, gouverneur de Tabriz, en a fait venir pour un cinématographe qui ne marche pas.

On me la cède au prix coûtant, et j’en achète cent soixante litres à dix francs le litre, prix qui peut paraître excessif aux Européens mais que l’on trouve très normal lorsque, comme moi, on a fait le trajet entre Erivan et Tabriz, trajet qui a été suivi aussi par cette benzine.

Jeudi 18 mai.—Je pars à la nuit pour Marand et mets treize heures pour y arriver. Il a plu continuellement pendant deux jours. Nous sommes obligés, le cocher et moi, de pousser sans cesse la voiture qui s’embourbe. Le trajet en auto promet d’être accidenté.