Samedi 27 mai.—A 10 heures des bœufs me sortent du trou, grande et générale revision de la voiture, j’enlève l’eau des cylindres, j’huile partout; je retourne à Tabriz, et me prépare au départ. Sur les conseils du goulam, j’achète une hache, une pioche et une pelle, des madriers de quatre mètres, pour passer les crevasses. J’aurai besoin de bœufs en cinq endroits que le goulam m’indique. Quand le prince héritier part, il a deux mille hommes de corvée, trois voitures, des roues et des ressorts de réserve.
Dimanche 28 mai.—Je pars avec le goulam. Je ne puis décrire les difficultés de la route qui sont encore augmentées par les terrassements que l’on prépare pour la nouvelle route russe qui mènera de Tabriz à Kaswyn. Sur les crevasses profondes, je dois faire des ponts. J’arrive à couvrir 78 kilomètres en 18 heures; c’est du quatre à l’heure.
Je passe les relais de Seitabab (24 k.), Hagiaga (24 k.) et atteins à dix heures du soir Ghigin (30 k.) où je couche dans la voiture. Je suis parti à 4 heures du matin.
Lundi 29 mai.—Départ à 8 heures. Je suis de plus en plus dans les montagnes; je traverse des torrents à rives abruptes. Je passe Turkmanchaï (30 k.) et arrive à Mianeh (30 k.) où je couche dans la voiture.
Mardi 30 mai.—Je suis au pied d’une grande montagne. On perd toute la journée à me chercher des bœufs; je ne pars que le soir avec un attelage de douze bœufs que je regrette bien de ne pouvoir photographier. Je marche pendant toute la nuit et je couvre ainsi dans les 24 heures, 18 kilomètres.
Mercredi 31 mai.—Belle journée de fatigue; je ne sais comment Giorgi et moi y résistons. Nous ne trouvons que des œufs dans le village et encore faut-il battre les gens pour les avoir. Nous faisons tout de même 72 kilomètres aujourd’hui, passons Serchem (30 k.), Achmazer (24 k.) et arrivons près de Nickbey (30 k.).
1er juin.—Nous continuons à marcher 14 et 15 heures par jour. Le soleil devient brûlant. Nous sommes maintenant sur le haut plateau de l’Iran, mais il y a encore plusieurs chaînes de montagnes à traverser avant d’arriver à Sultanieh, et de là gagner Kaswyn où je trouverai la grande route Resht-Téhéran où mes amis ont dû passer voilà trois semaines déjà.
La route! Entre Tabris et Zendjan.
Je traverse Zendjan, puis recommence une nouvelle ascension. La machine tire formidablement; il y a des cahots énormes; les roues s’engagent dans des crevasses. Soudain les deux roues d’arrière entrent dans une fissure, et dans l’effort que fait le moteur pour les en arracher, l’axe des pignons casse. C’est la cinquième fois! Cette fois-ci plus rien à faire. Je suis même trop fatigué pour me laisser aller au désespoir. Je ne sens plus rien. Ce qui m’arrive n’a pas l’air de m’arriver à moi, c’est comme si on me le racontait.