Odessa: le boulevard dominant le port.
Odessa, 15-17 avril.—Nous devions partir pour Sébastopol le samedi 15. Nous sommes trop fatigués, nous attendrons le bateau du 17.
Nous visitons sans fièvre Odessa qui est construite en damier à l’américaine. Sur la mer, un superbe boulevard domine de trente mètres le port. Le duc de Richelieu fut gouverneur de la ville au commencement du XIXe siècle. C’est à lui qu’on doit l’escalier monumental qui descend du boulevard au port.
Odessa est une ville riche; elle s’est développée rapidement et compte plus de cinq cent mille habitants, dont un tiers de juifs.
Pourquoi, au lieu de les poursuivre et de les laisser massacrer, le Tsar n’incite-t-il pas tous les juifs du monde à venir civiliser ses États et à y faire régner leur activité pacifique?
On parle à Odessa toutes les langues. Un vieux juif, à qui je m’efforce de demander mon chemin en russe, me dit:
—Si parla italiano?
—Un poco.
Et nous voilà à converser dans une langue que, grâce aux dieux, n’a jamais parlée Dante. Plus loin, chez l’horloger à qui j’achète une montre pour remplacer celle qui s’est remplie d’eau entre Ovidiopol et Odessa, je sors un allemand rouillé; chez le pharmacien, je parle français; dans un bazar, anglais.
Nous nous informons des grèves et des troubles annoncés. Le gouverneur, qui depuis... Odessa alors admirait sa vertu, nous affirme que la ville est calme. On a bien essayé de l’assassiner, voici peu de semaines, mais on l’a manqué. Tout est donc pour le mieux à Odessa.