Il est né à Nijni-Novgorod, dans une famille à l’abri du besoin. Son grand-père, entrepreneur de peinture en bâtiment, l’éleva et lui donna sa première instruction. Maxime Gorki n’alla pas à l’école. Puis le grand-père lui apprit son métier; il voulait que son petit-fils lui succédât. Mais l’enfant se révolta; il rêvait d’une autre existence que de celle de peintre en bâtiment; il voulait courir le monde, voir les hommes et les choses; il s’enfuit.

Alors commença la vie aventureuse de celui qui devait être Maxime Gorki; il fut mousse sur un bateau de la Volga, il fut aide-boulanger; il connut les fatigues, les misères, les souffrances des malheureux; il vécut avec ceux pour qui l’unique problème est de savoir s’ils auront aujourd’hui de quoi manger; il a vu dans leur réalité triste les ouvriers et les paysans, et aussi ceux qui sont en marge de toute existence régulière, ceux qu’il appelle d’une expression si forte, si émouvante «les ex-hommes». La nécessité de gagner son pain, le goût plus impérieux encore du changement, le désir de voir des cieux nouveaux et les conditions diverses des hommes firent de lui un être errant à travers l’immense Russie. Il l’a traversée plusieurs fois du nord au sud, de l’est à l’ouest, des rivages boisés de la Finlande aux lacs perdus dans les forêts de bouleaux et de pins jusqu’aux montagnes âpres et magnifiques du Caucase. A travers ce monde énorme, il a été un inlassable vagabond. Mais cela, il l’a voulu; il aurait pu, comme son grand-père, être un placide peintre en bâtiment. Détail amusant: il est resté pour l’administration russe ce qu’il aurait dû être, et l’acte d’accusation est dressé contre «Maxime Gorki, peintre en bâtiment et homme de lettres...».

On a dit aussi qu’il était illettré. Cela encore est inexact. Jeune homme misérable et volontaire, il sentait fortement la nécessité de s’instruire et, au cours de sa vie d’épreuves il y eut des années où il donnait une partie de ses nuits pour dévorer les livres nécessaires des auteurs russes et étrangers.

—Mon mari était en ce moment très pauvre, dit Mme Gorki; il n’avait pas de quoi acheter des bougies; alors il remplissait des vieilles boîtes de sardines de toutes les graisses qu’il trouvait, et d’un morceau de laine faisait une mèche. Mais à cette pauvre lumière il contracta à la longue une maladie des yeux qui faillit lui faire perdre la vue.

On voit combien la réalité est loin de la légende qui nous présentait un Gorki illettré, et pour peu, ennemi de la science.

Il commença à écrire à vingt-deux ans; il en a trente-six aujourd’hui. Trente-six ans! Mais sa figure fatiguée dit que beaucoup de ces années de souffrance ont pesé lourdement sur lui. «—Trente-six ans, dit-il; en France, on est encore un homme jeune à trente-six ans, tandis qu’en Russie...»

J’ai une question sur les lèvres. Je la risque.

—Quels sont les rapports actuels de Gorki et de Tolstoï?

A ce nom qu’il entend, Gorki attache sur nous un regard plus intense.

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