Sur la table de Mme Gorki, j’ai vu des livres français, entre autres La Maternelle, de Frapié, qu’ils aiment beaucoup. C’est Mme Gorki qui tient son mari au courant des œuvres les plus récentes de notre littérature. Sur les fenêtres, sur les tables, des fleurs, des fleurs partout.

Je quitte mes hôtes. Je garde le souvenir de la poignée de main chaude, appuyée, que me donne Gorki quand je pars.

Je vois, sous le porche, près de Gorki grand, énergique, tourmenté, sa femme frêle et délicate, mais, elle aussi, d’une volonté qui ne plie pas.

Je vois la calme villa blanche parmi les arbres fruitiers en fleurs en face de la mer.

Je pense à ce qui attend cet homme malade que je laisse; derrière lui, je vois la Russie souffrante qui demande un peu de justice.

Je n’oublierai pas ma visite à Maxime Gorki dans le parc paisible de Tchoukourlar.

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Ce même jour nous nous promenons dans les environs d’Yalta tandis qu’on nettoie les autos. Nous passons une partie de l’après-midi à flâner dans les parcs de Massandra.

Cette corniche de la Crimée est célèbre par la beauté de ses sites et l’agrément de son climat. Les monts de Crimée qui s’élèvent jusqu’à quinze cents mètres protègent la côte des vents froids du nord; ils descendent presque à pic jusqu’au rivage, ici tombant en blocs énormes qui forment un promontoire dans la mer; là laissant à leurs pieds quelques gradins de terre cultivable où poussent des vignes, des arbres fruitiers, des bois de pins sombres aux troncs roses; plus loin s’ouvrant en cirque autour d’une petite rivière qui se précipite d’abord en cascade, puis coule en torrent, grise des neiges fondues et des terres emportées. Les grands murs de rochers, les forêts au bas des monts, les villages accrochés au flanc des collines, le dessin si précis des côtes où les rochers mordent l’eau, la douceur printanière et automnale du climat, tout contribue à faire de cette partie de la Crimée un des plus beaux endroits du monde.

21 avril.—Aujourd’hui nous explorons le pays en automobile. Nous traversons des forêts de pins admirables, de hêtres, d’ormeaux; des champs de muguets, de perce-neige, de primevères remplissent les clairières. Le parfum du printemps nous monte au cœur. A mesure que nous nous élevons, la vue devient plus belle sur le golfe où Yalta mire ses villas blanches et ses jardins fleuris. Il faudrait vivre ici plusieurs jours, goûter la joie de ne rien faire sous ce ciel clément. Mais nous sommes en retard déjà sur notre itinéraire et si loin de Téhéran! Y arriverons-nous jamais?