Passage d’un torrent dans les bois au-dessus d’Yalta.
Tandis que nous nous promenons dans les bois d’Yalta, nous croisons quelques voitures et charrettes de paysans. Hélas! les paysans sont petits et les chevaux très grands! Les uns et les autres n’ont jamais vu d’automobiles; aussi, malgré nos arrêts immédiats (de tout le voyage, nous n’ayons pas écrasé une poule!), les chevaux montrent un goût vif pour les haies et les fossés, et se livrent à la joie d’un steeple-chase, comme s’ils ne traînaient pas un lourd véhicule. Les paysans s’enfuient et nous laissent courir après leurs chevaux. De loin, ils nous insultent.
Mais voici que dans un village, un énergumène, transporté de fureur, bondit sur la voiture de Léonida, un gourdin à la main. Va-t-il fracasser la tête de la princesse Bibesco qui est au fond de la voiture à côté de moi?
Non, avant que nous ayons eu le temps de nous défendre, le gourdin tombe sur des épaules que nous laisserons anonymes.
Une mégère échevelée quitte sa bouteille de vodka, se joint à son mari et assaille la 40-chevaux qui arrive à huit kilomètres à l’heure.
Cette fois-ci un revolver sort d’une poche; le paysan à cette seule vue tombe dans le fossé. Nous accélérons le train. Un énorme pavé destiné par la virago à nos têtes délicates tombe sur l’arrière de la voiture. Une vingtaine de paysans sont rassemblés; il faut filer; ce que nous faisons.
Ainsi faillîmes-nous être lapidés, tels des martyrs chrétiens, dans les champs d’Yalta.
Livadia.—La résidence d’été de l’Empereur. Mais cette année, il ne quitte pas, et pour cause, Tzarskoie-Sélo.
Livadia, c’est un grand parc en pente jusqu’à la mer; des pavillons nombreux sont disséminés dans la verdure, pour l’administration, pour la suite impériale, pour les popes aux longs cheveux de femme.