Deux pavillons aussi simples que les autres sont ceux qu’habite l’Empereur. Dans l’un d’eux mourut d’une mort que certains croient mystérieuse, Alexandre III; dans l’autre Nicolas II passa ces étés derniers. Des pièces petites, un ameublement de vieilles filles sans fortune et sans goût, pas de confort non plus, voilà le palais d’été où villégiature l’Empereur de toutes les Russies, l’autocrate qui règne sur cent quarante millions de sujets et dont la fortune est inestimable. Le moindre boutiquier enrichi de Londres a, près de Hampstead Heath, une installation plus luxueuse.

Mais on voit, auprès des pavillons des Empereurs, de très belles jacinthes, des tulipes, des roses, des camélias, en parterres ou en massifs, des fleurs partout.

On voit autant de soldats que de fleurs.

A chaque détour de l’allée, on en aperçoit un peloton; sur les pelouses, des soldats font l’exercice; sur les marches des escaliers d’autres sont assis.

La note de couleur que donne l’uniforme dans les verdures n’est pas déplaisante. Mais il faut ménager ces effets dont on abuse dans le parc de Livadia.

Et, à chaque pas, l’ordonnance qui nous précède se retourne et nous surveille.

Sous ce regard inquiet, nous finissons par avoir l’air d’enfants pris en faute et marchons timidement, les mains dans les poches, n’échangeant qu’à voix basse de rares observations.

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Ce même soir, je vais prendre congé de Maxime Gorki.

A huit heures, le Grand-Duc-Boris arrivant de Sébastopol est dans le port. Nous nous y précipitons pour voir si nos vingt-huit colis, petits et grands, que nous avions laissés à Sébastopol à la charge du portier de l’hôtel, sont à bord.