Il vaut mieux ne pas parler du reste de la journée.
Qui aurait cru cela de la mer Noire?
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Lundi 24 avril, 9 heures du matin.—Le Grand-Duc-Boris est une personne bien agitée. A Soukhoum nous débarquons avec une peine infinie des chevaux et quelques douzaines de femmes en pleine rade. Les matelots crient: «Souda, Souda», les femmes glissent et tombent à genoux; elles reçoivent des paquets de mer. Ce spectacle est horrible et me fend le cœur. Je descends dans ma cabine.
Midi.—Le Grand-Duc-Boris danse comme une petite folle et refuse d’approcher des ports où il devrait toucher et où précisément j’aurais (et mes malheureuses compagnes de voyage aussi) une envie grande de descendre.
Je fais le serment de ne plus jamais voyager avec un membre de la famille impériale.
Trois heures.—Nous apprenons que la grève est déclarée à Odessa et qu’il n’y aura plus de service sur Batoum. Pourquoi diable les ouvriers, les braves ouvriers, ne se sont-ils pas mis en grève trois jours plus tôt?
Cinq heures.—Je réunis ce qui me reste de forces pour adjurer les gens qui ont du cœur de n’accorder aucune confiance au susdit Grand-Duc. Le baromètre est ferme à 740.
Six heures.—Il est manifeste que l’homme n’est pas fait pour être secoué comme une bouteille qu’on rince.
Huit heures.—Nous sommes dans le port de Batoum. On vient m’en avertir. Il n’est que temps. Ce qui reste de moi monte sur le pont. J’y trouve mes pâles compagnons de voyage en conférence avec un bel officier de la garde impériale et le préfet de la ville que le général gouverneur a envoyés à notre rencontre. Il m’est impossible d’exprimer aucune idée de mon cerveau.