L’après-midi, après avoir déjeuné à l’hôtel d’Orient, puisque notre hôtel est celui de la Méduse, nous partons en deux autos.

Mais nous ne sommes pas seuls. L’officier d’ordonnance du gouverneur, qui est venu nous saluer hier au bateau, nous accompagne. C’est un Géorgien d’origine, qui a fait ses études à Saint-Pétersbourg et, parlant français et connaissant le pays, nous est un très agréable compagnon de route. Nous prenons aussi un Cosaque qui s’assied sur le marchepied de l’auto.

Comment nous voyageons au Caucase: Les autos sont gardés par des cosaques et fleuris d’azalées et de rhododendrons.

Et voilà une expédition assez guerrière! Il est vrai qu’on raconte de belles histoires de brigands, de gens enlevés aux portes de Batoum, de montagnards irréductibles qui profitent des troubles pour descendre dans les vallées. Nous verrons bien.

Nous remontons la vallée du Tchorok; la route est bonne, bien entretenue, mais terriblement dure.

Un pont hardi sur le Tchorok.
La légende veut qu’au lieu d’eau on ait employé pour faire le ciment le sang des esclaves.

Nous rencontrons de pittoresques campagnards à cheval ou à âne, qui, malgré la frayeur que nos automobiles causent à leurs montures, nous regardent amusés et souriants. Tous les dix ou quinze kilomètres, nous trouvons un poste de cosaques dont le chef, averti par télégraphe de notre passage, vient saluer l’officier qui nous accompagne et faire son rapport: «Le calme règne sur les rives du Tchorok.»

La vallée se resserre et devient sauvage; les montagnes s’escarpent sur les bords du fleuve. Des rhododendrons en touffes glorieuses fleurissent dans les rochers qui surplombent la route et nous font un dais de fleurs; des azalées sauvages tapissent les prés qui descendent en pentes abruptes jusqu’à nous.