Voici enfin une occupation pour notre cosaque et l’occasion de mettre sabre au clair. Nous l’envoyons dans les champs d’azalées et de rhododendrons. Ce sabre coupe très bien les fleurs. Bientôt nous en avons dans les voitures une moisson parfumée. Il semble que nous nous rendions à un corso fleuri.
Cosaque et officier de la garde sur nos voitures.
Le cosaque remonte sur le marchepied et nous continuons à courir à la recherche des brigands. Nous croisons des femmes turques voilées dont les ânes s’effrayent; d’autres à pied quittent précipitamment la route pour se cacher mieux. Des Turcs portent le bachlik sur la tête comme un turban.
Le jour tombe, nous ne trouvons pas les brigands cherchés, et regagnons le lugubre Batoum où nous n’arrivons, comme bien vous pensez, que de nuit.
Mercredi 26 avril.—Nous sommes déjà blasés sur l’aspect de la ville. La curiosité ne laisse aucune place à la peur. Nous finissons par jouer la difficulté et nous promener au bazar, au milieu de la population la moins rassurante, avec notre capitaine en uniforme qui n’est pas aimé des fauteurs de troubles. S’il y a une bombe pour lui, nous en partagerons les morceaux.
Nos compagnes le savent. Elles ne tremblent pas. Nous n’avons pas le temps de réfléchir au danger. Nous n’aurons d’émotions que rétrospectives.
Nous apprenons qu’un train partira ce soir pour Koutaïs et Tiflis. Nous décidons de le prendre. Nous avons vu Batoum, allons visiter Koutaïs non moins en état de siège. Il faut avouer que ce voyage s’arrange à merveille; nous sommes arrivés à Batoum par le dernier bateau russe qui y touchera de longtemps; nous en partons par le premier train qui circule sur la ligne. C’est élégant.
En attendant l’heure du départ, promenade en auto autour de Batoum, sous un ciel voilé et pluvieux; puis grande débauche de cartes postales. Il faut que nous racontions à nos amis à Paris et à Bucarest que nous sommes dans une ville en état de siège, qu’on nous a tué un homme dans les jambes, que nous voyageons avec cosaques. On se passe de l’un à l’autre des formules qui peuvent resservir. «A Batoum la vie humaine est bon marché.—Il faut être du côté du manche du fusil.—La question arménienne: to be or not to be», et autres folies de ce genre.
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