A six heures, nous sommes à la gare qui est occupée par la troupe; grande foule, grand bruit, grande confusion. Les mécaniciens ont repris le travail. Il y a peu de jours on a voulu, malgré la grève, acheminer un train postal sur Tiflis. Dans une petite gare, le mécanicien descend pour graisser la machine; un coup de feu retentit, le mécanicien tombe mort. On n’a jamais retrouvé l’assassin.

En outre, on enlevait quelques mètres de rails ici et là.

Notre train est très pittoresque. Nous avons des cosaques sur la machine, des cosaques sur le marchepied des wagons; les conducteurs ont le revolver au côté.

Craint-on une attaque possible des paysans révoltés? Tout le pays entre Batoum et Koutaïs est soulevé.

Nous marchons avec une extrême lenteur. Dans chaque gare sont des soldats; ici, j’en vois une compagnie, à contre voie, le long des wagons où elle loge. Les hommes s’alignent; un sous-officier se signe et dit une prière que les hommes répètent en se signant et s’inclinant.

Nous sommes bien gardés. Nous avons pour nous le gouvernement qui nous donne des cosaques, et les révolutionnaires. Nous apprenons, en effet, qu’à la gare, tandis qu’on chargeait les autos, les ouvriers entendant les mécaniciens parler français, leur ont dit: «Vos maîtres sont Français! Dites-leur qu’ils peuvent passer partout.»

Nous voilà tranquilles.

Koutaïs.—Nous y arrivons à onze heures du soir. Pourquoi débarquons-nous toujours de nuit dans des villes inconnues?

Notre arrivée à Koutaïs est lugubre.

Nous laissons nos vingt-huit colis à la gare à la charge d’un portier de l’hôtel, et nous voilà partis dans de minuscules voitures, deux par deux, pour l’hôtel de France.