Il n’en faut pas plus pour que nous décidions sur l’heure de tenter l’ascension dudit monastère en auto.

Notre ingénieur qui tient à sa peau refuse de nous accompagner. On nous trouve un autre guide et nous voilà partis.

A peine sortons-nous de Koutaïs que nous manquons de nous embourber dans le pire des chemins. Il y a un pied et demi de boue liquide qui cache les rochers les plus inattendus et les plus pointus. Les ressorts gémissent, et nous aussi. Des ornières, dont nous ne sortirions jamais, sont là qu’il faut éviter; de gros blocs de pierres barrent la route par endroits; en outre, les voitures dérapent de façon inquiétante, et le chemin domine à pic le Rion. Si nous dérapons trop à gauche nous irons nous fracasser la tête sur les rochers du fleuve.

Aussi avançons-nous avec une extrême prudence, mais nous passons tout de même, à la stupéfaction des femmes jeunes et vieilles, coiffées si joliment à la géorgienne, qui quittent leurs petites maisons pour venir nous regarder.

Une fois le lac de boue traversé, nous sommes sur un rude chemin de montagne qui monte et descend en pentes raides à donner le frisson, sans jamais une borne ou un parapet.

Ce chemin de chèvres s’accroche au flanc de la montagne et tourne sur lui-même à des angles si aigus que dans chaque tournant nous sommes obligés de nous y reprendre à deux fois, à faire machine arrière et à repartir. Et nos autos ont des châssis courts!

Voilà un chemin qu’il vaut mieux monter que descendre. Mais ne songeons pas au retour; il s’agit d’arriver.

Le paysage de montagnes, de collines et de vallées que nous traversons est charmant; des bouquets de bois poussent ici et là et de grands prés en pente sont couverts d’azalées jaunes; la terre de la route est d’un brun foncé et chaud.

A force de peine, nous finissons tout de même par atteindre le monastère.

Nous n’y sommes pas depuis cinq minutes qu’une pluie torrentielle commence à tomber. Gare à la descente!