On n’entre pas facilement au monastère de Ghelati. La grande porte bardée de fer est fermée et on ne l’ouvre que rarement dans ce pays où la sécurité publique n’est pas garantie par le gouvernement. Tandis qu’on a été chercher le frère portier, je pense aux riches abbayes de France durant le moyen âge, alors que des malandrins couraient les campagnes. Elles aussi abritaient leurs trésors derrière de fortes murailles.

Le frère portier arrive, ouvre seulement la partie supérieure de la porte et nous sommes obligés d’escalader pour entrer dans l’enceinte du couvent les échelons qui sont fixés sur les épais madriers de la porte.

Le couvent a été construit à diverses époques. Des parties datent du XIe siècle, d’autres du XVe. Dans l’église, nous regardons des fresques byzantines qui ont été retouchées, comme il est visible, au XVIe siècle par des peintres génois. Elles sont assez médiocres et les tableaux italiens aussi.

Mais il y a un admirable trésor dont la pièce la plus importante est un iconostase, du XIIe siècle évidemment, en or ciselé et filigrane encadrant d’énormes cabochons. Il est de grandes dimensions et c’est une des plus riches pièces du plus beau siècle de l’orfèvrerie religieuse.

On ne peut nous montrer la couronne des rois d’Imérétie. Il paraît que la clef de l’armoire où elle repose est chez le métropolite à Koutaïs.

Il nous faut redescendre maintenant, mais nous ne remonterons pas à Ghelati.

Sous la trombe de pluie, nous regagnons les autos. Les bons pères lèvent les bras au ciel quand ils nous voient partir pour Koutaïs dans ces véhicules dangereux et vont prier à l’église pour le salut de nos âmes.

Et la descente commence. Les terres qui recouvraient encore en partie les rochers ont été lavées par la pluie et le roc est à nu en beaucoup de places; ailleurs c’est de l’argile glissante. La pente est à la descente ce qu’elle était à la montée avec des endroits où elle doit atteindre à vingt-deux pour cent.

La seule allure permise est du cinq kilomètres à l’heure, mais la difficulté est de maintenir ce train sage, alors que les autos ont une tendance passionnée à vouloir arriver plus vite au bas des pentes.

Les deux freins sont constamment appliqués; le moteur ne travaille que dans les tournants où nous sommes obligés de faire marche arrière.