Nous dérapons, mais nous arrêtons toujours à temps au bord de la route.

La pluie continue à tomber en nappe épaisse.

Nous arrivons tout de même aux faubourgs de Koutaïs. Ouf! Ici nous retrouvons les lacs de boue que nous avions traversés à l’aller, mais grandis et creusés.

Dans quel état sont les voitures lorsque nous descendons triomphalement à l’hôtel de France devant l’ingénieur russe!

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Avant dîner, nous allons voir le général qui commande militairement (car c’est partout l’état de siège) le gouvernement de Koutaïs. Nous trouvons un vieillard aimable et hilare, le prince Orbéliani qui s’amuse beaucoup à l’idée que nous avons amené nos automobiles à Koutaïs.—Pour quoi faire? dit-il.—Alors nous lui racontons que nous arrivons du monastère de Ghelati, ce qui paraît le surprendre, et que nous avons l’intention d’aller jusqu’à Zoug-didi, en Mingrélie.

—Zoug-didi? Zoug-didi? s’écrie-t-il; il ne peut en dire davantage tant il rit.

Il ne reprend son sérieux que pour nous assurer qu’il est tout à fait impossible de circuler dans son gouvernement. Les rivières sont débordées, les routes et les ponts enlevés. Non, non, il n’y a qu’une chose à faire, gagner Tiflis par le train le plus tôt possible.

Ces gouverneurs charmants et qui nous reçoivent si bien n’ont qu’une idée: nous passer à leur collègue du gouvernement voisin et n’avoir pas la responsabilité de ce qui peut nous arriver.

Vendredi 28 avril.—Ce matin, en compagnie du capitaine de la garde qui est venu de Batoum nous rejoindre, nous faisons une promenade en auto. Nous avons, sur le marchepied, un gros et blond cosaque.