Rencontre d’une caravane sur une route au Caucase.
Nous suivons le long du fleuve une route assez bonne où nous rencontrons des villageois, des montagnards, à pied, à âne, à mulet, à cheval, ou en carriole. Elle est plus animée qu’une grande route de France. Le Rion à notre droite roule des eaux torrentueuses et grises: à gauche, ce sont des collines escarpées, des rochers auprès desquels poussent des rhododendrons et des azalées.
Après une quarantaine de kilomètres, la route cesse d’être entretenue, nous tombons dans des fondrières et des lacs de boue. Nous nous arrêtons.
Le pays est désert. Au-dessus du fleuve, à cent mètres de nous, planent deux aigles lents et magnifiques. Le cosaque tire sur l’un d’eux à balle, et le manque. Ils s’élèvent de cent mètres encore et continuent à tourner sur nos têtes.
L’après-midi, il pleut... Je vois que je me répète. Qu’y faire? Il a plu, tandis que nous étions au Caucase, chaque jour. Les lettres que nous recevions de Paris nous disaient qu’en France et en Europe le temps était exécrable. Cela ne nous consolait pas. Nous trouvions naturel que ceux qui étaient restés subissent le mauvais temps. Mais nous qui étions venus si loin, il semblait que les dieux nous dussent, comme des paysages nouveaux, un ciel que ne connaissent pas les habitants de Paris et de Londres.
Il pleut: je m’en excuse auprès de mon lecteur. Je suis obligé de le dire, car, comme on le verra, cette persistance de la pluie a eu une influence marquée sur notre voyage et sur les décisions que nous avons eu à prendre pendant la semaine de Tiflis.
Aujourd’hui donc, sous la pluie, nous accomplissons consciencieusement notre métier de touristes. Nous montons aux ruines de la citadelle que les Génois (on les retrouve partout dans ce voyage et à Téhéran même j’achèterai un admirable morceau de brocart de Gênes monté, voilà deux siècles, à la persane) construisirent au XVe siècle.
Dans une éclaircie, nous avons une jolie vue sur Koutaïs, ses terrasses, ses peupliers et la verdure fraîche de ses jardins.
Samedi 29 avril.—Aujourd’hui départ pour Tiflis. Le train quitte Koutaïs à 9 h. 15 du matin. Le départ de l’hôtel est très laborieux; les malles ne sont pas fermées, les valises ne sont pas faites; dans la galerie sur laquelle donnent nos chambres, c’est une confusion inexprimable.