De jour en jour, il en est ainsi. Aucune excursion n’est possible. Les habitants de Tiflis nous assurent qu’ils n’ont jamais eu un temps pareil au mois de mai. L’exceptionnalité de ce phénomène n’a rien qui nous console. Un grand découragement s’empare de nous.
Que faire? Aller à Erivan? Les routes sont emportées par les pluies et les torrents ont roulé des blocs de pierre énormes jusqu’au milieu de la chaussée.
Attendre? Il pleut depuis trois semaines, il peut pleuvoir encore quinze jours, nous serons pris par les grandes chaleurs en Perse et alors adieu la traversée du désert et le voyage à Ispahan.
Il pleut chaque jour. Nos hôtes nous donnent une fête charmante dans un de ces jardins des environs où les habitants de Tiflis viennent l’été passer la soirée et entendre de la musique. On dansera pour nous des danses du pays. Nous nous rendons à ce jardin qui est au bord de la rivière. Dans quel état les autos arrivent-ils? Avec de la boue jusqu’aux essieux!
Là, nous nous installons sous un pavillon ouvert de tous côtés, construit au bord de la Koura.
La rivière coule derrière nous; une humidité pénétrante monte de la terre détrempée; puis il recommence à pleuvoir. Frissonnants, nous écoutons la musique lointaine d’une flûte aigre, d’une clarinette et d’un tambourin; un repas est servi, de petites truites exquises, de caviar, de poulet, c’est cela qu’on appelle prendre le thé à Tiflis. Des iris noirs, royaux et mélancoliques, fleurissent le bord de l’allée où dansent pour nous deux Tcherkesses; une jeune fille me parle de Nietzsche; il pleut, il fait humide à en mourir; la flûte aigre continue à pleurer rythmiquement dans l’obscurité.
Après le champagne, un des convives danse légèrement des danses cosaques, vives et gracieuses.
Les automobiles en nous ramenant manquent de périr ignominieusement dans les boues de Tiflis.
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Nos Projets.—Nous passons nos repas à discuter, avec une fièvre que rien n’abat, notre voyage en Perse.