Il y a deux plans devant nous, et même trois, qui l’emportent à tour de rôle. A peine l’un d’eux a-t-il pris le dessus, qu’on nous apporte un argument décisif en faveur de l’autre. Alors tout est à recommencer; cela dure six jours, donc douze repas, sans compter les thés et les conversations particulières dans les chambres: c’est très fatigant.
Voici quelles sont les deux voies principales pour aller en Perse de Tiflis où nous sommes.
La voie de terre est par Erivan, Djoulfa, ville frontière sur l’Arax, Tabriz, Mianeh, Kaswyn, Téhéran.
L’autre voie comporte un trajet en bateau de Bakou à Enzeli, de là par terre à Resht, Kaswyn, Téhéran. La route est bonne, nous assure-t-on. Elle a été construite par une compagnie russe, qui l’entretient; les autos peuvent y circuler. Mais le grand inconvénient pour nous de la voie Bakou-Resht est le débarquement à Enzeli.
Les vapeurs postaux ne peuvent franchir à Enzeli la barre assez mauvaise du Mourdab. On débarque donc en pleine mer sur de petits bateaux plats.
Or la rade d’Enzeli n’est pas bonne. En hiver, trois ou quatre fois sur cinq, au printemps, une fois sur cinq les passagers ne peuvent quitter le vapeur postal. Si peu agitée que soit la mer, comment ferons-nous pour débarquer les autos? Les bateaux ont-ils des grues assez puissantes? Le printemps est déplorable; la moindre brise rendra l’entreprise impossible. Voilà le grand argument contre l’itinéraire Bakou-Resht.
Alors nous travaillons l’itinéraire Erivan-Tabriz, travail fécond en surprises désagréables. Nous apprenons d’abord qu’on ne peut faire la première partie de la route en auto, car il n’y a plus de route depuis que le chemin de fer est construit. Pour assurer le monopole du trafic au chemin de fer, le gouvernement a détruit la chaussée. C’est simple.
Lorsqu’à Akstafa, on retrouve la route c’est pour franchir un col, celui de Délijan, à 2.170 mètres.
Hum! Ensuite ruisseaux et torrents nombreux à passer jusqu’à Erivan et Djoulfa, torrents inoffensifs en été, mais qui sont en cette saison des obstacles peut-être insurmontables. De Djoulfa à Tabriz, on nous assure qu’il y a une chaussée; de Tabriz à Kaswyn, un service de poste.
Nous prenons des renseignements un peu plus circonstanciés. Ils sont désolants et contradictoires.