Mais, plus que les pièces, le public m’intéresse et je passe mon temps à chercher de l’œil des jolies femmes dans la salle.
J’en découvre. Ce n’est pas à tort que les Géorgiennes ont, depuis des siècles, un si grand renom de beauté. Elles ont fourni jadis les plus belles esclaves aux harems de l’Orient. Le Grand Turc ne se rajeunissait que de Circassiennes. Mais il n’y a plus de harems. Les Turcs, tard venus à la sagesse, ont découvert enfin qu’une seule femme légitime suffisait à faire le malheur (ou le bonheur, mais cela est plus rare) d’un homme. Les belles Géorgiennes ne sont plus emmenées comme esclaves. J’ai la joie d’en voir deux ou trois dans la salle, jeunes, fraîches, de figure régulière, aux yeux de feu, à la taille superbe, au port de tête libre et fier. Pendant les entr’actes, je les suis dans les couloirs.
Un savant allemand déclare qu’on parle soixante-dix langues à Tiflis. Je veux le croire, mais il me suffirait de parler celle de ces belles personnes. Je ne le puis; il faut me satisfaire à les regarder seulement...
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Georges Bibesco a engagé un interprète, le Tcherkesse Hassan. Hassan est censé parler le russe, le persan, le français.
Il nous accompagnera à Téhéran. Sait-il le persan? je l’ignore. Quant au français, il le parle par gestes. Ainsi faisons-nous pour le russe. Quoi qu’il en soit, Hassan, coiffé du bonnet frisé, revêtu de la grande bourka nationale, portant sur sa poitrine vingt-quatre petits étuis qui devraient contenir de la poudre, mais dans lesquels nous mettrons de la poudre de riz pour nos compagnes, est fort beau à regarder. Et notre prestige s’en accroît.
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Il pleut.
J’ai fait une grande découverte.
Des voyageurs ont affirmé que le Caucase est un pays de montagnes. Les géographes soutiennent cette même assertion. Ils ont imaginé un Kasbek élevant son sommet à plus de cinq mille mètres dans les airs, un Elbrouz atteignant cinq mille six cents mètres.