Nous aurons le temps de nous y habituer.

Un de nous a l’excellente idée de nous faire prendre de la toile cirée que nous étendrons sur la sangle de façon à ne pas sentir l’humidité montant du sol, car il est évident que nous ne trouverons pas des chambres parquetées, sur cave.

Avec nos six lits, nous avons soixante-dix kilos de bagages de plus. Il faudra de solides voitures pour nous emmener à travers le désert.

Nous y ajoutons au moins quarante kilos de conserves, jambons, sardines, foie gras, veau en boîtes, biscuits secs, confitures en quantité (nous sommes très friands de confitures), compotes, légumes conservés, saucissons, fromage même. Le vieil interprète qui a voyagé en Perse nous conseille aussi d’acheter deux marmites, car les Persans nous considèrent comme malpropres ou «impurs» et ne nous laisseront pas toucher à leurs ustensiles de cuisine. Nous prenons les deux marmites, et douze assiettes, et un couvert pour chacun de nous, et du sel, et du sucre, et du thé, et du chocolat, et des citrons, et des torchons pour relaver, et des serviettes pour nous essuyer. Il semble que nous montions un ménage, et que nous nous préparions, très grands enfants, à jouer à la dînette.

On nous fait un panier énorme dont le poids heureusement diminuera à chaque étape, tandis que par un phénomène inexplicable, nous, qui devrions nous engraisser du contenu du panier, irons maigrissant chaque jour à travers les sables et les pierres du désert.

Nous achetons tous des manteaux de pluie en caoutchouc.

Nous en avions en quittant la Roumanie. Mais comment auraient-ils résisté aux déluges qui nous ont sans cesse inondés? Eux aussi font eau de partout. Nous les laissons à Tiflis.

Dans le hall de l’hôtel de Londres s’entassent les paquets.

Notre départ de Tiflis fut un de nos beaux départs. C’était un samedi.

Nous devions ce jour-là aller à la banque prendre l’argent nécessaire pour gagner la Perse. A Tiflis, les banques avaient été fermées lundi, mardi et mercredi à cause des fêtes de Pâques. Lorsque nous arrivons à la banque samedi matin, nous la trouvons close. Il paraît que c’est la fête du petit neveu d’un oncle par alliance de l’impératrice douairière! Bien, nous voilà de nouveau sans le sou.