Je suis certain que ce serait un spectacle très excitant pour des spectateurs placés dans un amphithéâtre. Mais nous sommes dans les voitures et nous trouvons cela moins drôle. Deux ou trois fois, nous manquons rouler dans un fossé plein de pétrole. En vain nous admonestons (terme poli) les cochers.
Ils crient: Souda! Souda! et continuent. Je vois encore leur petite figure ronde et basanée, leurs yeux vifs qui pétillent...
Enfin notre voiture dépasse l’autre et gagne la course.
Nous rentrons calmement dans Bakou.
Là, nous parcourons à pied la vieille ville persane, la citadelle et admirons la Tour de la Demoiselle.
Une demoiselle tatare, fille de roi, la fit construire. Une fois que la tour fut achevée, comme son père lui demandait quelque chose qu’elle ne voulait lui donner, elle se jeta du haut des murs dans la mer qui, alors, en baignait le pied.
Depuis, la mer s’est retirée et on a construit un quai, évidemment pour que les troupes russes puissent y faire l’exercice.
Nous n’allons pas voir l’ancien Temple du Feu qui est, tristesse des temps présents! enclos dans une fabrique de bougies.
A l’hôtel, un respectable habitant de Bakou s’informe de nos projets de voyage. Lorsqu’il apprend que nous partons pour la Perse, il soupire:
—Vous allez en Perse? Êtes-vous heureux! Là-bas au moins vous serez en sûreté!