C’est une petite ville russe dans les arbres. Derrière elle s’élèvent les grandes croupes des montagnes du Ghilan, couvertes de forêts. Une vapeur bleuâtre emplit l’atmosphère, adoucit les contours, et donne à ce pays le velouté, l’irréel séduisant qu’ont certains paysages dans les fonds des «verdures» flamandes.

C’est une des contrées les plus malsaines du monde, et les plus sauvages. On trouvait des tigres, paraît-il, dans ces montagnes, il y a quelques années.

Des tigres! nous sommes loin de l’Ile-de-France.

Autour du bateau volent de noirs cormorans.

A déjeuner, une doctoresse énorme et asthmatique nous donne des renseignements détaillés sur l’organisation des secours médicaux dans la campagne russe. A l’entendre, la Russie serait, à ce point de vue-là comme aux autres, à la tête de la civilisation. Nous avons la ressource de ne pas la croire.

Dans l’après-midi, nous arrivons à Astara, frontière russe. Un plein bateau d’officiels galonnés et dorés se détache du bord pour venir à nous. Et c’est un examen minutieux des passagers. Je sors pour la centième fois les passeports.

Nous sommes ancrés à près d’un kilomètre de la côte, car il y a peu d’eau et notre vapeur ne peut approcher de terre. Le ciel s’est voilé et les montagnes aussi.

A la nuit, nous repartons, pour Enzeli, cette fois.

Nous n’avons qu’une préoccupation: le temps qu’il fera demain. Si la mer est forte, le bateau postal nous ramènera à Bakou. La déception serait amère.

Nous consultons mon baromètre. Il baisse, et voici qu’une forte pluie se met à tomber, cependant que le bateau commence à rouler. Nous nous endormons tout de même...