L’arrivée en Perse.—Le port d’Enzeli.
Enzeli, 9 mai, 5 heures du matin.—Le temps est gris, des averses légères tombent par moments; un vent d’est frais fouette la mer et soulève des vagues pas bien terribles, assez pourtant pour que là-bas la barre blanchisse d’écume et que nous soyons ballotés d’ici de là. Mais le capitaine affirme que nous pourrons débarquer. La côte est enveloppée de brumes et de bruines; on distingue vaguement des bâtiments plats, une tour, des arbres. Nous regardons de tous nos yeux. C’est la Perse, là devant nous, qui nous apparaît paradoxalement dans les brouillards.
Des barques se détachent de terre et un vapeur minuscule qui est bientôt à côté de nous, amarré à notre grand bateau. Oh! comme il monte et comme il descend au flanc du paquebot postal! Jamais nous n’aurions pu débarquer l’automobile. Bien heureux si nous pouvons passer nous-mêmes sans nous casser quelque membre!
Nos malles et nos valises sont attachées et transbordées sans accident. C’est notre tour maintenant. Il faut attendre le moment où le petit bateau monte le long du nôtre; quand il est au haut de sa course, on empoigne une barre de fer qui, en des temps plus cléments, sert à supporter la tente-abri, deux matelots vous poussent; on saute; deux autres matelots vous reçoivent tandis que le minuscule vapeur plonge à nouveau au creux d’une vague.
Les jeunes femmes franchissent lestement le passage difficile et nous voilà sur un pont étroit balayé par les lames; le vapeur file, franchit la barre et, dix minutes après, nous sommes à quai, à Enzeli, en Perse, enfin!
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Nous ne quittons pas notre bateau. Des fonctionnaires belges et courtois, employés aux douanes de Sa Majesté, viennent nous saluer.
La foule qui les entoure est persane, vraiment persane. Quelques hommes ont le bonnet national d’agneau frisé, noir et ras; d’autres portent un feutre qui ressemble, sauf le respect que je vous dois, à un pot de chambre sans bords; il est collé sur la tête et, des deux côtés, s’échappent des touffes de cheveux qui couvrent les oreilles, par lesquelles touffes le prophète enlèvera ses fidèles jusqu’en son paradis, s’ils ont suivi ses commandements toutefois, cela s’entend.
Ces Persans sont vêtus pour la plupart de robes brunes et amples. Quelques barbes couleur acajou clair ajoutent un charme nouveau pour nous à cette foule exotique. Elle nous regarde avec une grande curiosité; nous le lui rendons bien.