La Perse à Enzeli, cela ressemble à la Cochinchine.
Je n’ai pas été en Cochinchine, mais je me fais de ce pays une idée d’autant plus claire qu’elle n’est contredite par aucun de ces petits faits obstinés à ne pas se laisser classer dans les généralisations rapides.
Un pays plat, du sable, des roseaux, des arbres très verts et beaucoup d’eau; aux deux bords du large chenal qui met en communication avec la mer le grand lac intérieur, le Mourdab, des paillotes sont construites sur pilotis, de petites cases aux toits de chaume, ouvertes sur le devant et ornées de nattes; sur les appontements de bois devant les cases, des marchandises s’entassent. Des barques à fond plat les apportent; les deux extrémités de ces jonques sont aiguës et relevées; une grande voile carrée, haut placée, est déployée au vent.
Barque à voile sur le Mourdab.
L’eau est grise, le ciel est gris et bas. Entre ces deux gris chauds, les notes de couleur, les bruns divers des pilotis, des toits de chaume, des cordages grêles et des mâts, le vert intense des roseaux et des arbres, les tons jaunes d’une voile qui se reflète dans l’eau calme, chantent délicieusement.
Des vols immenses de cormorans passent au ras des flots; par centaines, ils vont en file, tournent et évoluent autour de nous.
Il fait lourd, fiévreux, humide.
Tout cela est extrêmement cochinchinois.
Nous traversons le Mourdab sur le petit paquebot qui remorque deux jonques, une pour nos bagages, l’autre pour nous.