Nos barques persanes remorquées sur le Mourdab.
Il bruine un peu: des vapeurs montent de la surface grise des eaux.
Nous buvons du thé sur le pont en suivant de l’œil les évolutions des cormorans.
A l’embouchure de la rivière de Piré-Bazar, nous quittons le vapeur et embarquons à bord des jonques. Huit grands gaillards, coiffés du feutre sans bords, se mettent aux avirons et rament en se soulevant et se laissant retomber sur les bancs. Ils sont bientôt en sueur.
La rivière serpente parmi les roseaux et les tiges de glaïeuls. De petites tortues grimpent le long des rives. Des noisetiers, des charmes poussent sur ses bords qu’anime tout un monde d’oiseaux que nous troublons à peine: bécassines, hérons de toute espèce, milans et faucons.
Bientôt la rivière devient trop étroite pour les avirons. Nos hommes sautent à terre et, une corde étant attachée au haut du mât, nous halent en prenant un pas de course accentué.
Pourquoi cette corde attachée au haut du mât? le mât plie, il va casser. Et en effet, voilà qu’il cède et que nos huit haleurs sont jetés la face dans la boue.
Ils n’en rattachent pas moins la corde aussi haut qu’ils peuvent monter.
Un instant après, nous croisons une jonque invraisemblablement pleine de coffres bariolés, de caisses sur lesquelles sont assises des femmes voilées et des hommes en robe, et nous comprenons le pourquoi de leur manœuvre. La corde de la barque passe sous la nôtre et les bateaux se croisent ainsi sans qu’on soit obligé de s’arrêter.