Nous avons juste le temps de le photographier avant que le mollah s’indigne et nous oblige à quitter la place.

L’interprète du consulat nous fait signe qu’il faut nous retirer ou que les choses pourraient se gâter.

Alors nous remontons en voiture, très désolés, tandis que toutes les figures des femmes—un carreau blanc entouré d’un voile noir—se tournent du même mouvement vers nous pour nous voir partir.

Nous allons dans la campagne autour de Resht en suivant des allées d’ormeaux centenaires le long de rivières à l’eau glauque. Le soleil a mangé les brumes. Nous voyons au sud les montagnes élevées que demain, Emmanuel Bibesco et moi commencerons à gravir pour gagner Téhéran. Elles sont couvertes de forêts épaisses; d’ici, la haute barrière qui nous sépare du plateau central de la Perse semble infranchissable.

Vieux pont à Resht sur la rivière de Piré-Bazar.

On nous arrête devant le jardin d’un riche Persan; c’est sa propriété de campagne. Nous sommes déjà au courant des habitudes persanes si hospitalières. Où que vous le vouliez, vous pouvez entrer. Le maître de la maison se retirera pour vous laisser jouir de sa maison ou de son jardin. S’il apparaît, ce n’est que plus tard pour offrir du café ou des glaces.

Nous nous promenons dans les allées, sous les lilas fleuris ombrageant des parterres de lis. Puis nous visitons la maison, meublée, hélas! comme toutes les demeures des riches Persans, à l’européenne. Seuls les tapis sont du pays; un petit hammam est construit à côté de l’habitation.

Le maître de la maison arrive; il parle français et nous fait servir des rafraîchissements, puis se promène avec nous et nous donne des fleurs.

La vue de la terrasse est belle sur le pays boisé, qui s’en va jusqu’aux montagnes bleuies par le lointain. Nous demandons à notre hôte s’il habite cette propriété.