A Resht, le ciel était plein de beaux nuages; des vapeurs flottaient dans l’atmosphère. Ici, pas un nuage, pas une brume, une sécheresse inconnue dans laquelle tout s’électrise; les cheveux brossés crépitent. Le soleil tombe d’aplomb sur nous et nous en éprouvons l’intensité nouvelle. En moins d’une demi-heure, ce matin, nous avons quitté plaids, manteaux, vestons, gilets, maillots de laine et nous voilà en manches de chemise, serrés tous deux sous une ombrelle qui ne nous protège qu’insuffisamment de l’ardeur du soleil.
Nous aurions dû fermer la capote de notre antique berline. Mais nous étions des voyageurs inexpérimentés, nous ne savions pas.
Tant d’heures au soleil nous engourdissent; parfois nous nous assoupissons; la tête s’incline sur l’épaule; le soleil en profite alors pour nous manger le nez ou l’oreille, ce qu’il fait en moins d’une minute.
Nous voulons arriver ce soir à Kaswyn. Cela nous fait près de cent kilomètres dans la montagne. Nos chevaux changés toutes les deux heures sont en général lents et sages. Une seule fois, nous sommes emportés hors de la route; la place manque; nous voici très près du précipice. Mais le cocher ramène ses chevaux dans le droit chemin.
Nous sommes stupéfiés par la chaleur au point que ce petit incident ne nous émeut guère.
La route est déserte. Comme je l’ai dit, en cette saison les caravanes ne circulent que de nuit.
Habitations persanes dans la montagne entre Mendjil et Kaswyn.
A chaque relais, nous buvons trois ou quatre petits verres de thé léger que nous trouvons toujours chantant sur les braises. Et nous mangeons des œufs durs que l’on nous offre partout.
Vers cinq heures du soir, nous sommes à cent cinquante kilomètres de Resht. Le pays change d’aspect; la vallée s’élargit; de vastes plans de terrains s’étendent autour de nous; nous quittons la chaîne principale des montagnes qui montent à notre gauche; les pentes deviennent moins raides; de nouveau nous retrouvons des champs de seigle et d’avoine. La lumière ne cesse d’être incomparablement pure et cristalline.