Le Chah n’a pas compris cela. En outre, il a mal aux reins.

Il se sert de l’automobile comme vous et moi nous servirions d’une petite voiture à bras pour malade. Il se promène dans ses jardins. Sur route, il ne couvre que vingt ou vingt-cinq kilomètres par jour. Encore ne les fait-il pas en une demi-heure. Il faut que les soldats qui l’entourent puissent suivre la voiture au pas....

Ainsi le Chah, parti à sept heures du matin en automobile pour un voyage de huit cents kilomètres, s’arrête à dix heures en ayant parcouru une vingtaine.

Du reste il alterne et ne prend l’auto que de deux jours l’un. Je pense qu’il sera en voiture aujourd’hui pour ne pas effaroucher ses fidèles sujets de Kaswyn.

Vers dix heures, enfin, un coup de canon retentit. Le Chah a franchi la porte de la ville. Aussitôt après nous voyons arriver une nuée de gens à pied et à cheval armés de longs bâtons. Ce sont les ferraches de Sa Majesté qui rangent la foule, laquelle se laisse faire de bonne grâce. Elle ne témoigne du reste que d’une curiosité modérée.

Dans l’allée royale de Kaswyn, le gouverneur se rend à la rencontre du Chah.

Puis défile un peloton de gens de la maison impériale en livrée écarlate à brandebourgs d’or; à leur tête marche un majordome, court, énorme, espèce de pot à tabac à grands favoris, qui brandit maladroitement une haute et lourde canne de tambour-major à pomme d’argent; puis vient une fanfare à cheval, puis des cosaques persans avec, à leur tête, un général rouge comme une écrevisse, puis enfin, dans une voiture à six chevaux dont la capote d’arrière est fermée, le Roi des Rois...

Il est vêtu à l’européenne; il est assis de travers, très affaissé; il semble un vieux notaire de province, fatigué.