A Kaswyn. L’auto devant la porte du palais du gouverneur.
Le canon tonne, mais la foule ne crie pas. Elle reste indifférente. Il paraît qu’il en est toujours ainsi. Les Persans n’ont jamais été enthousiastes des rois ou des chahs qui, depuis vingt-cinq siècles et plus, les gouvernent.
La Zastava où le Chah dormit.
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De Kaswyn à Téhéran.—Les portes de Kaswyn sont assez pittoresques, mais les pilastres émaillés, modernes et sans valeur. A midi, au plus fort de la chaleur, nous sommes sur route de nouveau. Nous rencontrons l’arrière-garde du Chah et ne cessons de croiser des chameaux et des mulets. La route qui mène à travers le désert jusqu’à Téhéran, est d’une redoutable monotonie. Pendant des lieues et des lieues elle s’en va droit devant elle. A gauche, au loin, c’est la chaîne de l’Elbourz. Là-haut, dans les montagnes, s’élevait autrefois le château du Vieux de la montagne, du chef de ces Haschichins ou Assassins qui jouèrent un rôle dans les guerres entre musulmans et croisés. Là était ce Jardin du Paradis où ses fidèles goûtaient les subtiles et artificielles délices de l’opium.
A droite s’étend le plateau sans fin de l’Iran. Pas une forêt, pas un arbre; des pierres et des sables à perte de vue. A gauche, les poteaux du téléphone et du télégraphe russe; à droite, ceux du télégraphe indo-européen, qui arrive de Tabriz et d’Odessa.
Tous les vingt-cinq ou trente kilomètres, un relais de poste avec quelques bosquets d’arbres. On perd à chaque fois près d’une heure à changer les chevaux. Malgré le passage du Chah, nous sommes assez heureux pour trouver partout des chevaux. Mais les malheureuses bêtes sont exténuées de fatigue; nous avançons avec lenteur. Pourtant nous comptons couvrir sans nous arrêter les cent cinquante kilomètres qui nous séparent de Téhéran.
Au départ de Kaswyn, nous espérions arriver à Téhéran avant minuit. Maintenant, il est cinq heures, nous ne pensons voir la capitale qu’au petit jour. Mais nous nous affermissons dans notre résolution de ne coucher dans aucune zastava, dans aucun chapar khané.
La chaleur, le rayonnement du soleil sur la route et sur les sables nous fatiguent extrêmement. Nous nous abritons tous deux sous l’ombrelle blanche de mon compagnon. En vain promettons-nous des pourboires royaux à nos cochers (car nous savons déjà assez de persan pour faire comprendre que si l’on va vite, il y aura un bakchich, et, si lentement, des coups), nous n’avançons jamais à plus de dix kilomètres à l’heure.