A chaque relais, nous descendons pour nous dégourdir les jambes. Une fois, nous rencontrons un coupé dont on est en train de changer les chevaux. Un vieux Persan l’occupe; à la portière, un jeune homme. Il s’approche de moi et me salue. Il essaie d’expliquer quelque chose et n’y parvient pas. Enfin il trouve trois mots qui lui suffisent et me dit solennellement, en montrant le coupé où repose le vieux monsieur.
—Mon père, Altesse.
Et il sourit complaisamment.
Sur quoi, je m’incline et, dans le même langage, je lui dis:
—Moi, Altesse.
C’est à son tour de saluer. Après ce charmant échange de vanités dans le désert, nos Altesses reprennent chacune leur chemin.
Kischlag.—Devant la maison de poste aux murs en pisé, quelques ormeaux jeunes frémissent au vent du soir, seuls arbres dans l’étendue visible et bleue. Un bassin est creusé dans la terre près duquel un homme prie.
Il a la face tournée au sud vers la Mecque. Agenouillé, il s’incline, touche la terre du front, se relève, s’incline encore. Sa robe est déchirée; il est pouilleux et misérable; la souffrance d’une vie difficile se lit sur ses traits usés. Ses yeux mornes et fiers sont creusés; il n’a rien que lui-même.
Pourtant il ouvre les mains pour remercier le Munificent qui l’a dépouillé. Il baise la terre et confesse la splendeur de Dieu unique et de Mahomet son prophète.