S’est-on mis ensemble pour associer des intérêts, pour continuer une maison, pour avoir une famille ? Il est alors naturel que le ménage reste uni, même si l’amour en disparaît, car les raisons pour lesquelles il avait été créé continuent d’être aujourd’hui comme hier.
Mais lorsqu’on s’est lié seulement par amour et pour l’amour, que faire lorsque la passion meurt chez l’un des deux contractants ? L’autre a-t-il le droit de le contraindre à continuer une liaison qui n’était fondée que sur l’amour réciproque des deux parties ? Mais qu’est-ce qu’une contrainte en matière de sentiment ? Comment condamner une femme qui a cessé d’aimer à aimer encore ? en vertu de quel arrêt ? rendu par quel tribunal ?
L’égoïsme de celui des deux qui veut prolonger malgré tout n’est-il pas égal à l’égoïsme de celui qui veut rompre puisqu’il n’aime plus ? La logique du sentiment n’est-elle pas en faveur de ce dernier ? Ce qu’il a demandé au nom de l’amour, il le rejette maintenant que l’amour n’est plus. Il lui est impossible de donner par pitié ce que l’autre ne devrait tenir que de l’amour. Il s’en va… Et que dire de plus ?
IX
L’AMOUR ET L’ÉGLISE
Les rapports de l’Église et de l’amour sont d’un comique profond. L’Église ne connaît ni la volupté, ni la restriction. Elle défend les plaisirs raffinés de l’amour et n’admet le rapprochement normal de l’époux et de l’épouse qu’en vue de la reproduction. Les joies stériles sont péchés mortels au même titre que le meurtre ; elles sont, en effet, un meurtre en herbe. Jouir de sa femme légitime sans la féconder, et tuer un homme, c’est tout un aux yeux de l’Église.
On demande combien il y a d’époux chrétiens qui obéissent à l’Église ? Et si, avec obstination, ils ne suivent pas ses saints commandements, restent-ils chrétiens ? — Ce qu’il faudrait démontrer.
Si on osait soupçonner l’Église de perversité, on verrait dans cette défense si stricte un moyen ingénieux de donner aux joies légitimes du mariage l’attrait du fruit défendu.
Les époux chrétiens auraient ainsi, à la semaine, l’illusion de se damner, sans bourse délier, dans le lit conjugal.
Madeleine prie chaque matin et chaque soir, et communie six fois l’an. Elle se croit bonne chrétienne ; elle l’est peut-être, car elle a, en plus de la foi qui, à elle seule, suffit à tout, l’humilité du cœur qui est plus rare.