Mais Madeleine est belle aussi. Le soir, dans le monde, elle est décolletée jusqu’aux limites qu’on ne peut franchir. Elle laisse voir des épaules admirables, une chair riche, blanche, sous laquelle on devine le sang qui court.

— Est-ce vous, Madeleine, qui vous décolletez ainsi ? Ne sentez-vous pas l’émoi des hommes qui vous approchent ? Ils voient tant de vous qu’ils en voudraient voir plus encore. Qu’est-ce, Madeleine, que cette honnêteté qui va demi-nue ? Cet étalage de chair est-il selon la modestie, selon l’humilité ? disons tout, est-il vraiment chrétien ?

Vous passez, Madeleine, indifférente. Ce que le monde fait, vous le faites aussi. Votre conscience, si chatouilleuse, si délicate sur d’autres points, ne s’alarme pas.

Rentrée chez vous, toute blanche maintenant dans une chemise de nuit transparente aux entre-deux de dentelles, agenouillée sur le prie-Dieu, c’est des lèvres seulement que vous prononcez les paroles séculaires : « Ne nous induis pas en tentation. »


Henriette a vingt-cinq ans. Elle est sage, modeste, jolie. A dix-huit ans, au sortir du couvent, elle a épousé, sur le conseil de ses parents, un homme qui, six semaines plus tard, quittait le lit d’Henriette pour celui, voisin, de la femme de chambre. Avec fracas, les parents d’Henriette sont intervenus ; il y a eu divorce.

Maintenant, Henriette aime un honnête homme qui l’aime aussi. Ils voudraient se marier, faire souche de beaux enfants. Mais l’Église est là qui veille.

Elle dit à Henriette qui est restée chrétienne : « Nous n’avons pu vous empêcher de divorcer, mais nous ne vous permettons pas de vous remarier. Vous n’irez pas à la mairie accomplir ce simulacre impie du mariage civil ; vous ne donnerez pas le scandale d’une chrétienne vivant en état de concubinage public avec un homme, et en ayant des enfants. »

Henriette se retire songeuse. Suivra-t-elle la voix de l’Église ? restera-t-elle honnête selon la pieuse doctrine ? Acceptera-t-elle le conseil implicite qu’on vient de lui glisser et prendra-t-elle comme amant clandestin celui que l’Église lui refuse comme mari ? — Ou, plus honnête encore, quittera-t-elle l’Église pour épouser celui qu’elle aime ?