Il est beau d’avoir des principes.

L’Église n’admet pas le divorce. Donc les femmes divorcées et remariées sont hors la loi. On sait enfin qui on peut voir et à qui on doit fermer sa porte. Il y a maintenant une règle. Elle nous manquait et rien n’était plus pénible aux bons esprits que l’indécision où l’on était sur ce qui est permis et sur ce qui ne l’est pas.

Dorénavant nous sommes fixés. On peut recevoir n’importe qui, mais pas les divorcées. Le sacrement de mariage sauve tout. « Du moment que l’Église vous accepte, je vous accepte aussi. Prenez vingt amants, mais ne prenez pas deux maris. »

Voilà qui est simple, facile, rassurant, et, grâce à l’Église, les mœurs sont sauvées au pays de France.


On a vu de nos jours une femme être reçue dans le monde, bien que divorcée, et même deux fois divorcée.

Il est vrai que cette femme à ses deux premiers mariages n’avait passé qu’à la mairie. A son troisième mariage enfin, elle va se confesser et se met en règle avec l’Église. Aussitôt les portes fermées s’ouvrent ; aux yeux du monde et à ceux de l’Église, elle est mariée pour la première fois ; on ignore charitablement qu’elle a vécu en état de concubinage légal avec deux hommes auparavant.

Je ne blâme pas le monde. Il faut comprendre que le monde se refuse à juger au delà des apparences. Il a parfaitement raison. La vie de société serait impossible si l’on reconnaissait aux gens le droit de se mêler de notre vie secrète. Nous en faisons ce qui nous plaît.

D’autre part le monde n’aime pas le cynisme. Ici encore, je l’approuve. Il demande peu de choses : qu’on accepte les conventions qu’il a fixées et les règles du jeu. — Pour le reste, liberté complète.

Mais l’Église n’est pas le monde. Elle ne doit pas s’arrêter aux apparences. Elle détient la Vérité ; elle a des principes, elle devrait les appliquer… Mais elle sent bien que c’est impossible. Alors elle donne et elle retient ; elle condamne en absolvant et elle absout en condamnant ; elle frappe et pardonne… et nous, tranquilles sur la rive, nous la regardons faire.